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  • Photo du rédacteurNatacha de Santignac

Alpin, technique et authentique

Pour sa 13e édition, le trail Verbier Saint-Bernard a offert des chemins en excellentes conditions à toutes les coureuses et à tous les coureurs venus se mesurer à la montagne. Libérés de la préoccupation de la qualité du terrain, et bénéficiant d’une météo clémente, 8° la nuit et 20° en journée, les participants ont pu se concentrer pleinement sur leur objectif.


Cette année, le trail valaisan a rejoint le groupe UTMB, l’un des acteurs majeurs de développement du trail running, né à la suite de la création de l’UTMB par des amis passionnés en 2003. Cette incorporation donne un nouveau souffle aux différentes courses dont les parcours ont été en grande partie revisitées. La mythique X-Alpine évite le mont Catogne, culminant à plus de 2500 m, mais sa distance passe de 110 à 140 kilomètres. Les classiques, l’X-traversée (76 km), et le Verbier Marathon (45 km) répondent présentes, tandis que la Verbier X-Plore (26 km) s’ajoute à l’offre en remplacement de la Liddes-Verbier.


La soif de distance de l’X-Alpine

Bientôt 22 heures, la nuit est tombée sur Verbier. Les deux cent septante-quatre coureurs de l’X-Alpine se rassemblent progressivement vers la zone de départ. La concentration se lit sur les visages, les yeux scintillent d’envie dans le noir. Les sacs d’allègements s’entassent dans une fourgonnette, tandis qu’on vérifie ses bâtons, ses chaussures ou son approvisionnement en eau. Soudain, les voix de Tiphaine Artur et de Matthieu Girard, cofondateurs de l’événement, s’élèvent pour accueillir les participants, et leur offrir des pensées inspiratrices en français et en anglais. Après un point météo, la confirmation de l’excellente condition des chemins et quelques consignes de sécurité, notamment de ne pas tenter de dangereux raccourcis, deux strophes du célèbre poème « Si » de Rudyard Kipling résonnent sous les étoiles. Elles évoquent l’audace, la ténacité, le courage, et se gravent dans le cœur de chacun. Mais pas question d’oublier les femmes, vingt-trois inscrites, et les orateurs leur offrent une ovation qu’elles accueillent avec de grands sourires.

Emily Vaudan, Valaisane aguerrie des sommets, a remporté la course en 24h24. Son sentiment : « 24 heures à faire ce que l’on aime. Je m’étais promis que si je gagnais cette année, j’arrêterais de courir Verbier, mais si on ajoute encore dix kil… ». Chez les hommes, le Français Antoine Bouchet a terminé en 21h23 : « C’était une course magnifique avec pas mal d’abandons. La vue de Verbier la nuit, la technicité, les difficultés. Il y a un côté un peu masochiste, mais c’est ce qu’on vient chercher ».


L’abandon, le lot des trailers

Les motivations profondes des participants, amateurs ou professionnels, demeurent identiques : dépassement de soi, quête de défis et endurance. La distinction se joue peut-être quant à la possibilité d’une place sur le podium. En 2022, Sangé Sherpa a préféré déposer les armes à mi-parcours afin de se focaliser sur de futures échéances. Léonore et Hubert, coureurs valaisans, inscrits, respectivement à l’X-Traversée et à l’X-Alpine, racontent la gestion de leur course, et comment ils ont accepté d’abandonner.

Pour Léonore, « savoir s’accrocher, tant que cela s’avère possible, mais aussi s’arrêter, si nécessaire, demeure essentiel. Aucun trailer ne peut échapper à l’abandon. Cela lui arrive forcément une fois. En 2022, je participais à ma troisième X-traversée en préparation du Wildstrubel UTMB® à Crans-Montana. Je m’entraînais, et ne visais pas à battre un record, l’acceptation s’est avérée plus facile ». Alexandre, pour sa part, a vécu un tout autre scénario : « Je suis parti en pleine forme. Jusqu’à Savoleyres tout allait bien, et je faisais partie des vingt premiers. J’avais confiance en mon objectif de terminer en vingt-cinq heures maximum. Puis j’ai commencé à ressentir des douleurs dans le dos, j’ai eu mal au ventre, mes intestins semblaient complètement retournés. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Je n’avais plus aucune énergie dans les jambes. J’avançais comme un escargot. Finalement, je me suis résolu à abandonner après quatre-vingts kilomètres. Je cours l’UTMB en août, et je ne voulais pas mettre cette expérience unique en péril, mais moralement, c’était très dur pendant plusieurs jours. »

Malgré un sentiment de non-achèvement, Léonore et Alexandre ont tous deux évoqué la splendeur des paysages, bien qu’ils les connaissent, l’ambiance incroyable de la course, de même que la solidarité entre trailers, tout à fait singulière. Pour leurs entraînements, ils bénéficient des conseils de leur coach personnel. Alexandre précise même que pour lui « c’est indispensable, cela change tout », et qu’il a vu l’impact tant sur le physique que sur le moral.


Le trail Verbier Saint-Bernard a réussi sa mue. Son intégration aux l’UTMB World Series s’est déroulée sous de bons auspices. D’ailleurs, les organisateurs semblaient très satisfaits des aménagements de 2022. Offrir l’accès à l’UTMB à ses coureurs représente indéniablement un enjeu majeur pour Verbier. Son X-Alpine devient désormais encore plus prisée, mais ses autres formules ne sont pas en reste, au contraire, elles proposent des portes d’entrée prometteuses à la discipline.










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1 Comment


joane delph gavinet
joane delph gavinet
Apr 04, 2023

C’est toujours superbement écrit. Merci Natacha pour ces beaux récits.

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